Yoga : un succès international
février 2008, par serge cannasse 
Plutôt que le yoga, il vaudrait mieux dire les yogas, soit un ensemble de disciplines qui se sont modifiées tout au long de leur histoire. "Le" yoga apparaitrait alors comme leur occidentalisation. Son succès international provient sans doute de sa promesse de maîtrise de soi, de son corps, bien en phase avec le désir contemporain d’autonomie individuelle.
" Le mot « yoga » vient de la racine verbale sanskrite « yuj » qui signifie « lier ensemble, unir, joindre, ajuster, atteler, mettre sous le joug »." D’un point de vue symbolique, le yoga vise donc l’union de l’individu avec le principe divin, selon des idées et des pratiques propres à l’hindouisme. Au fur et à mesure de son histoire, le yoga se systématise, sans pour autant représenter un corpus unifié : il y a des yogas et des interprétations du yoga.
La transformation en médecine
Le yoga "moderne", surtout postural, est marqué par la mondialisation et l’urbanisation, avec comme conséquences premières son intellectualisation (en le rapprochant de concepts modernes) et sa médicalisation (par le contrôle du corps et des émotions).
Les premières expérimentations "à l’occidentale" commencent dans les années 20. Elles ont pour but de montrer " l’importance fondamentale de l’attitude mentale du sujet dans la production et la régression de certains désordres cardio-vasculaires, " puis de troubles dans d’autres sphères physiologiques (peau, cerveau, etc). Le lien avec la psychanalyse est établi par Carl Jung. Il devient une composante essentielle de ses réélaborations.
Ainsi, " le yoga est passé par un processus de légitimation qui repose sur une construction scientifique de sa pratique : il est supposé produire une expérience somatique, et il inclut des considérations sur le corps, la santé, la guérison, le salut." Mais cela n’a pas suffi à en faire une science médicale ; il a notamment été soupçonné de n’être qu’un placebo. D’où son inclusion dans la liste des médecines complémentaires et traditionnelles de l’OMS.
Dans certains pays, il est considéré comme une pratique de santé et même institutionnalisé dans le système de santé publique, par exemple en Inde et en Grande Bretagne.
La promesse de maîtriser son corps
Le phénomène le plus important est cependant le fort engouement qu’a suscité le yoga, à partir du mouvement contre-culturel des années 60. " Le yoga a été réinterprété, étudié, traduit et compris sous l’angle de la thérapie dans différentes sociétés, passant de la santé au spirituel, du médical au philosophique, du culturel au social," réalisant une "culture médicale alternative éclectique, voire syncrétique."
Celle-ci fait une promesse extraordinaire : la relation de soi à son corps est maitrisable en totalité. Cela passe par des processus d’amélioration de sa santé, par la mise en scène du corps dans des "paysages thérapeutiques naturels" et par le lien avec les données médicales occidentales (anatomie).
Ainsi, " l’exemple du yoga illustre le contexte contemporain de reformulation des savoirs et des pratiques de santé à l’échelle du monde : un contexte marqué par l’augmentation de l’utilisation des techniques de soi dans le champ de la santé."

D’après la communication de Anne-Cécile Hoyez (Université de Rouen) : " La transnationalisation du yoga : savoirs et pratiques thérapeutiques globaux ?". 3ème Congrès du Réseau Asie - IMASIE. 26-27-28 sept. 2007, Paris.