Bonjour .
Ayant participe a la gestion de la pandemie grippale A(H1N1)v en tant que medecin-inspecteur contractuel referent sur la Thematique " Plans de Crises Sanitaires " sur la Seine-Saint-Denis , sur l’Aeroport international de Roissy et sur le Stade de France , ainsi que referent sur la Thematique " Urgences-SMUR-SAMU " , m’etant beaucoup investi de maniere personnelle dans la diffusion medico-scientifique aupres des partenaires en premier lieu du departement , je me permets de vous apporter quelques commentaires en eclairage de cet article .
## En premier lieu plantons le deroule historique de l’evolution des mentalites face a une grippe :
1) Tout d’abord , avant la mediatisation a propos du SRAS les pays developpes et leurs habitants n’etaient guere conscients du danger de dissemination d’un agent infectieux a l’echelle planetaire .
2) Ensuite la grippe aviaire etant mise en exergue sur la scene mondiale , les francais qui confondaient le plus souvent grippe et rhume ont commence a comprendre que la grippe etait une maladie bien plus serieuse , et il faut aussi ajouter que les medecins traitants ont aussi commence a s’y interesser .
3) Puis , devant l’insistance mediatique au niveau international , les francais ont commence a faire le distinguo sur le plan de la gravite clinique entre grippe pandemique et grippe saisonniere .
4) Enfin , une pandemie grippale est arrivee de l’Ouest alors qu’on l’attendait de l’Est qui , au depart avait des raisons d’alarmer sur son evolution possible .
## La conscience du danger potentiel n’etait pas partagee par tous les cateurs meme medicaux , sans parler des paramedicaux et autres .
Je me souviens ainsi lors de reunions avec des medecins responsables au sein d’etablissements de sante y compris publics au cours des deux ans precedant l’arrivee de la pandemie 2009 , de certains responsables se demandant pourquoi on faisait tant de tapage preparatoire autour d’une possible pandemie grippale d’origine aviaire alors qu’on avait bien des grippes saisonnieres tous les ans qui n’etaient pas si dangereuses .
C’est d’ailleurs devant de telles reactions et etant encore proche de la pratique clinique , que lorsqu’une vraie pandemie grippale est arrivee ( peu importe le bilan a posteriori de sa gravite relle ) j’ai diffuse a l’ensemble des partenaires en premier lieu medecins des differents secteurs afin d’assoir une base commune de connaissance pour une bonne synergie ( jamais encore mise en application ) .
## Maintenant observons un peu la situation de la pratique de la vacination en France :
1) Tout d’abord ce sont les medecins generalistes et les pediatres en ambulatoire ( cabinets liberaux et centres de sante ) qui assurent 90% des vaccinations .
2) Si les pediatres recoivent une bonne formation de base sur la vaccination et ont vraiment une formation continue dans le domaine , ce n’est malheureusement pas le cas des generalistes .
3) Ensuite quels sont les medecins francais qui peuvent citer quelques chiffres de la mortalite mondiale de quelques maladies prevenues par une vaccination inscrite au calendrier vaccinal francais ?
L’OMS et The Lancet publient pourtant regulierement une actualisation des chiffres au moins pour les enfants de moins de cimq ans .
4) Combien peuvent aussi citer le taux de tel effet deletere ( thrombopenie par exemple ) provoque par la maladie par rapport au vaccin ( en general bien superieur d’un facteur multiplicatif pour la maladie elle-meme ) .
Dans le discours avec un patient ou le plus souvent ses parents cela est un argument loin d’etre negligeable .
5) J’avais ainsi pu observer lors des polemiques sur l’induction eventuelle de sclerose en plaque par le vaccin contre l’hepatite B , le desarroi de medecins generalistes meme recemment sortis du cursus face aux questions de leurs patients .
## Venons en maintenant aux particularites socio-medicales des francais :
1) Alors qu’au Quebec la vaccination pandemique 2009 n’etait realise que dans des centres , le taux de couverture vaccinale fut excellent , mais en France , en Belgique et au Royaume-Uni les taux furenet faibles .
2) Il faut dire qu’en Europe et surtout en France on est habitue a beneficier d’une couverture maladie curative et preventive bien remboursee et consideree comme un du .
Les nord-americains ont une vision tres differente , notamment quand ils doivent choisir lequel de leurs differnts visceres ou memebres ils vont traiter car n’ayant pas assez d’argent pour se faire completement traites .
3) Au Royaume-Uni les infirmieres opposes ou sceptiques quant a l’interet et au benefice des vaccinations sont tres activistes .
Un article de presse sur la possible implication du vaccin contre la rougeole dans l’apparition de la schizophrenie et la peur saisit les parents qui ne vaccinent plus guere leurs enfants et le RU se retrouve avec ue epidemie de rougeole comme il n’ene avait pas connu depuis lonyemps ( avec des cas graves ) .
4) En france l’esprit libertaire oublie parfois que l’expression " esprit critique " du Siecle des Lumieres avait un sens bien plus profond que celui dans lequel il est applique aujourd’hui .
Et la critique est aisee lorsque l’on n’a ni le pouvoir et le devoir de decision , ni toutes les responsabilites qui en decoulent .
## Il est evident que lorque la crise sanitaire pointe le bout de son nez , que des decisions doivent etre prise rapidemment compte tenu du temps necessaire a la preparation ( production de vaccins par exemple ) , que tous les differents acteurs en premier lieu medicaux vont devoir travailler de concert en synergie , il est trop tard pour former les esprits a des notions et concepts qu’ils devraient deja maitriser depuis longtemps .
## Doit-on regretter que la pandemie grippale A(H1N1)v n’ait pas ete plus meutriere , ce qui aurait sans doute bien attenue les controverses ?
Il est evident que dans une vraie democratie , c’est a dire ou les citoyens sont eduques ( des individus infantilises jetes du totalitarisme dans une democratie ne peuvent s’exprimer avant un minimum d’education ) , des enjeux comme celui de l’ethique dans l’action doivent etre abordes publiquement .
## Abordons ensuite un point plus sensible en tout cas chez les puristes .
Un expert ne devrait-il avoir aucun conflit d’interet afin de pouvoir emettre un avis impartial ?
En transcrivant cette question je la trouve immediatement infantile , ce sont les enfants qui croient que le monde peu etre vu sous un angle dichotomique .
D’abord , un haut niveau d’expertise implique une connaissance qui exige d’aller au charbon et de se salir les mains dans la pratique .
Moi-meme du temps ou j’exercais exclusivement la pratique clinique en hopitaux publics , j’avais plutot tendance comme mes confreres a regarder les administratifs ou les non praticiens avec plus que de la circonspection .
Apres avoir exerce la sante publique ( et la police sanitaire , son autre versant indispensable ) en Administration d’Etat j’ai acquis une experience qui me fait voir les choses bien differemment ( cependant lucidement ) .
Et puis malheureusement les conflits d’interet ne sont pas que financier , loin de la , et l’independance psychologique ( versant scientifique ou autre ) n’est jamais acquise et est un combat de chaque jour .
Pardon pour ces commentaires envoyes avec un peu de retard , mais je suis actuellement en voyage au Laos pour un mois apres avoir passe un mois au Vietnam .
Avec mes respectueuses et confraternelles salutations .
Dr Didier DELLEA .
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