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Experts et conflits d’intéret : droit de réponse
mai 2010, par Rimbaud Pierre 

En avril, Pierre Rimbaud proposait de comparer le fonctionnement de l’expertise en matière de santé avec celui d’un tribunal. Il mettait notamment en avant la notion de compétence, évidemment recherchée par toutes les parties en cause. Son analyse a été fermement critiquée, notamment par Philippe Foucras (Formindep) et Dominique Dupagne (Atoute), deux auteurs majeurs de l’internet médical. Voici sa réponse à leurs objections. Au passage, il propose un schéma de déroulement démocratique de l’expertise.

Cet article est une réponse aux commentaires du texte de Pierre Rimbaud paru en avril 2010 : " Des experts sans liens d’intérêt ont-ils de l’intérêt ?"

Il est possible que ma contribution ait été mal comprise. Pour être depuis longtemps conduit professionnellement à côtoyer les experts, les missionner et les auditer, je suis bien loin de penser qu’ils puissent être exempts d’influence, loin de là. Tout au contraire, je suis persuadé qu’il est illusoire d’imaginer qu’un expert compétent puisse être totalement impartial - mal gré qu’il en ait. Chacun a un vécu professionnel, un projet personnel, une posture intellectuelle qui lui confèrent justement la place qu’il occupe parmi les spécialistes reconnus.

Je ressens donc naturellement les craintes qu’exprime Philippe Foucras, même si la véhémence de ses propos semble bien inutile étant donnée l’évidence des faits. En préambule, il pose justement la seule question qui vaille : "la dépendance des experts a t-elle de l’influence sur la qualité (...) des décisions (...) qui en découlent ?" Il n’y apporte malheureusement pas la conclusion évidente que la qualité des décisions relève des décideurs, non des experts ; ce n’est pas la dépendance des experts qui peut excuser de mauvaises décisions, tout simplement parce qu’on sait pertinemment que les experts sont dépendants et qu’on doit en tenir compte pour décider !

Je ne suis pas de l’avis de Dominique Dupagne, quand il écrit : "avoir des experts indépendants est simple : il suffit de les rémunérer au lieu de croire qu’ils se contenteront de leurs faibles émoluments. Et bien sûr de leur interdire de travailler pour l’industrie." Une telle utopie ne peut conduire qu’à entretenir des experts incompétents. Il est d’ailleurs regrettable que nos institutions s’orientent de plus en plus dans cette voie. Heureusement pour nous tous, l’industrie fait appel aux meilleurs experts pour développer les progrès que nous attendons d’elle ; elle continuera donc de les rémunérer chèrement pour bénéficier de leurs compétences. Seuls les laissés-pour-compte se tourneront vers les institutions.

Je pense que Dominique n’a pas bien saisi mon propos quand il dit "ce sont carrément les magistrats qui sont sous influence." Justement, les experts ne doivent être ni magistrats, ni jurés. Ils ne doivent avoir aucune voix au chapitre concernant le jugement. Ils ne sont pas, comme en justice, des experts judiciaires entièrement extérieurs à l’affaire ; ils sont bien des témoins (voire des acteurs) de celle-ci, exposés par leur position professionnelle et académique à d’innombrables biais. Ce dont il faut s’assurer avant de les consulter, c’est qu’ils n’ont pas de motif à faire un faux témoignage, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas mûs par un puissant intérêt dans l’affaire. Le rôle de la "déclaration d’intérêt" est justement de contraindre par la loi les experts à la plus totale transparence, indispensable pour mener à bien leur recrutement.

J’en profite pour signaler l’ineptie (tristement généralisée) qui consiste à apposer la mention selon laquelle un auteur "déclare n’avoir aucun conflit d’intérêt". C’est n’avoir rien compris au principe de la déclaration d’intérêts. Ce n’est certes pas à l’auteur de juger de l’absence de conflit : c’est à l’éditeur de le faire ! L’obligation de l’expert est uniquement de faire publiquement la déclaration sincère et complète de toutes ses attaches. L’analyse en incombe à celui qui lui donne la parole. La bonne pratique éditoriale devrait consister à expliciter les intérêts en cause dans le sujet traité et à analyser clairement ceux qui ont été déclarés, de manière à légitimer les auteurs choisis et à éclairer leurs conclusions. Certes, tout cela est plus fatigant que d’apposer une mention inepte en pensant s’absoudre ainsi de sa responsabilité d’éditeur.

J’ajouterai qu’une déclaration d’intérêt faite avec la meilleure foi du monde ne dispense pas d’enquêter pour s’assurer de sa complétude et de procéder à son analyse de manière approfondie, collégiale et contradictoire. Pour une expertise, on récusera tout expert ayant des intérêts manifestement susceptibles d’altérer son jugement, mais on n’abandonnera pas tout esprit critique vis-à-vis des autres. Je peux témoigner qu’il est à la portée d’un méthodologiste aguerri de savoir quels sont les mécanismes à l’oeuvre dans l’attitude d’un expert. Sans mettre en doute sa probité et sa sincérité, il faut toujours décoder ce qu’il dit au regard de l’environnement qui est le sien. Néanmoins les techniques pour procéder à ces analyses ne sont nullement à la portée du premier venu : tout comme la magistrature, la gestion de l’expertise est un métier à part entière.

Bien entendu, il faut citer à part le délit de concussion - délit pénal sévèrement réprimé qui consiste à profiter d’une mission publique pour s’enrichir. L’expertise doit évidemment exclure toute personne susceptible d’opérer une prise d’intérêt à cette occasion. En pratique, il s’agit principalement des actionnaires (directs ou indirects) d’entreprises dont le chiffre d’affaire dépend des décisions qui seront prises. On peut aussi imaginer des experts réellement stipendiés sans être actionnaires, soit par des primes qui relèvent de la prévarication ordinaire, soit - plus pernicieux - par des contrats à venir. Cette dernière hypothèse montre que le risque majeur des conflits d’intérêt n’est pas dans le passé de l’expert, mais dans son avenir.

Il faudrait appliquer des procédures pour surveiller étroitement toute personne ayant participé à une expertise. Les abus d’experts doivent faire l’objet d’une prévention attentive et d’une répression sévère ; la punition de tout manquement délibéré doit être exemplaire. De ce point de vue, je rejoins Dominique quand il dit qu’un expert doit être rémunéré à la hauteur des exigences qu’on lui impose et des risques auxquels il s’expose. J’ajouterai qu’il doit être spécialement formé à l’exercice de la fonction d’expert, encadré et évalué - comme tout employé qui prétend à une juste rémunération. Ce qui manque aux expertises, c’est un statut des experts et leur encadrement.

Voilà qui conduit à répondre à la question de Philippe Foucras : comment tenir compte de la dépendance des experts pour améliorer la qualité des décisions ? Je rejoins Dominique sur sa proposition de confier les conclusions à un jury totalement neutre, ce qui revient à en exclure tous les experts concernés. Les conclusions de l’expertise doivent relever de "jurés" accompagnés et dirigés par de véritables "magistrats", aucun d’eux ne devant avoir le moindre lien avec l’affaire - donc aucun d’eux n’ayant le statut d’expert en la matière. Ces "jurés" doivent être des représentants des usagers et d’institutions non savantes (ou savantes non spécialisées dans le sujet traité), capables d’écouter et de comprendre les avis d’experts ; quant aux "magistrats", ils doivent être des méthodologistes de l’expertise, capables de coordonner le déroulement des auditions, de dépister les biais et influences et de les analyser, de traduire les interrogations des jurés et de rédiger la synthèse de leurs conclusions pour les délivrer aux décideurs.

Il est capital de dissocier totalement les avis des experts et les choix faits par les décideurs. Les experts ne doivent prétendre à aucun pouvoir décisionnaire et doivent s’abstenir de vouloir influencer les décisions. Ils doivent se contenter de répondre aux questions qu’on leur pose et de donner leur appréciation personnelle en y apportant des arguments valides. Il n’empêche, répétons-le, qu’il ne peuvent pas prétendre à une absence de responsabilité. Ils doivent assumer leur statut d’expert qui requiert, au delà d’une compétence technique spécialisée, un savoir-faire et un savoir-être dans le domaine de l’expertise. Il ne suffit pas d’être compétent pour être un bon expert. Il faut avoir consenti une formation professionnelle à cette fonction, s’être acquitté d’obligations réglementaires et prêter un serment de probité. On demandera à l’expert d’être impartial, mais on ne pourra pas exiger de lui une garantie d’objectivité - tout simplement parce que c’est un mythe.

A l’interface entre les experts et les décideurs doit s’organiser le processus d’audit. C’est ce processus qui manque aujourd’hui cruellement de consistance et de visibilité. Certes, la HAS et l’Afssaps font leur possible pour mettre en oeuvre une méthode, mais elles laissent - à tort - les conclusions de l’expertise à des "leaders d’opinion". Il faudrait plus d’exigence, et en particulier plus de courage pour reconnaître qu’on ignore les réponses à la plupart des questions, et pour admettre que la plupart des opinions exprimées sont empreintes d’inévitables préjugés corporatistes et influences commerciales, quand elles ne relèvent pas tout simplement du "wishfull thinking".

Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Respectons nos experts et aidons-les, mais ne leur donnons pas un pouvoir de décision auquel ils n’aspirent généralement pas. Admettons les inévitables influences auxquelles ils sont soumis et gérons-les intelligemment (c’est à dire méthodiquement et publiquement). Mettons enfin les décideurs devant leur responsabilités, qui sont non seulement d’assumer entièrement leurs décisions, mais aussi et surtout de s’être donnés les moyens d’organiser l’expertise en l’ayant confiée à des professionnels (qui doivent avoir notamment des compétences en sciences médicales, en biostatistique, en rédaction scientifique, en épistémologie et en psychologie). Il est inadmissible qu’un puissant se fasse plaisir en sélectionnant les conseillers de son choix et qu’il pense pouvoir se contenter d’écouter leurs avis pour se faire sa propre idée.

Reste à créer un véritable statut de l’expert.

Mon opinion est très subjective, et même intéressée, puisque la méthodologie de l’expertise est un métier qui me nourrit. Je crois que beaucoup de gens s’expriment sur ce sujet sans avoir la connaissance que j’en ai. Mais ce n’est pas à moi de juger.

Pierre RIMBAUD (Président de Jenwin SAS - Agence-conseil en Stratégies de Santé)

Schéma proposé :
promoteur de l’audit > méthodologiste prestataire > experts > jury + méthodologiste prestataire > conclusions > décideur

Photos : Palerme, 2010 © serge cannasse
Pour voir les images en plus grande taille : Gallery : Carnets de santé-juin 2010




     
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9 Messages de forum

  • Experts et conflits d’intéret : droit de réponse

    1er juin 17:26, par Philippe Foucras, président du Formindep

    Bonjour,

    Plusieurs points de commentaires :

    - Etonnant d’intituler cet article Droit de réponse, dans la mesure où il ne s’agit pas d’un droit de réponse. Le droit de réponse c’est quand quelqu’un est attaqué dans un article et qu’il répond en tant que lecteur, pas quand l’auteur de l’article est incriminé. Il s’agit juste d’un débat, tout simplement, inutile d’y rajouter du pseudo juridique.

    - Mon seul point d’accord avec Pierre Rimbaud, est quand il parle de l’ineptie de déclarer son absence de conflits d’intérêts. Cela montre effectivement que l’on n’a rien compris à la problématique. L’auteur déclare ses liens d’intérêts. C’est au lecteur de décider si ces liens font conflits ou non. L’attitude actuelle de la revue Prescrire est d’ailleurs consternante en la matière, de la part d’une revue qui mène un combat pour l’indépendance de l’information, on attendrait une réflexion digne de ce nom sur ces questions.

    - La fin de l’article de Pierre Rimbaud est également consternante : moi je sais et les autres parlent sans savoir. L’envie immédiate est de lui retourner le compliment. Ce type de propos qui discrédite le contradicteur est un sophisme, et on a envie de le laisser seul, puisque lui sait. Pierre Rimbaud a assurément rencontré des gens ayant des conflits d’intérêts, et en tire une réflexion intéressante basée sur son expérience. Réflexion insuffisante car apparemment non nourrie de la réflexion internationale qui existe sur cette question depuis des années. Réflexion biaisée par ses propres conflits d’intérêts, puisqu’il reconnaît honnêtement qu’il vit de ces experts et de leurs conflits d’intérêts. Il s’agit pourtant d’expertise dans cette question des conflits d’intérêts, et là pas plus qu’ailleurs, l’expertise autoproclamée ne suffit pas. Depuis maintenant 7 années le Formindep intervient à chaque fois qu’on le sollicite pour exposer la problématique des conflits d’intérêts et leurs enjeux en santé publique : parmi les interventions récentes (2010) : Sciences Po, l’EHESP, l’ENA et le Sénat dans le cadre de la commission d’enquête sur la grippe. L’expertise du Formindep ne vient pas d’une fréquentation alimentaire des experts et de leurs sponsors, mais d’une analyse et d’une connaissance approfondie de la littérature internationale, du point de vue des soignants et des patients, c’est à dire des acteurs et, hélas, des victimes sanitaires des conflits d’intérêts non ou mal gérés.

    - Car c’est cela que Pierre Rimbaud ne peut comprendre, là où il est : c’est que les conflits d’intérêts sont un facteur de risque sanitaire, lorsqu’ils ne sont pas gérés ou mal gérés. Le conflit d’intérêt se mesure en surcout de soins de santé, en traitements inappropriés, en vies humaines, comme doit nous le rappeler sans cesse l’affaire du Vioxx°. Que Pierre Rimbaud ne s’émeuve pas alors de la virulence de mes propos, car la violence initiale que créent des experts sous influences, non contrôlés par des autorités passives voire complices, vis-à-vis des citoyens usagers de soins en les exposant à des soins inappropriés voire dangereux est incommensurable, inacceptable, scandaleuse, et entraine sur le chemin qui a aboutit aux pires négations de l’humanité : agir sur le corps de l’être humain pour d’autres intérêts que lui-même. Le débat sur le conflit d’intérêts ne peut donc rester un débat mondain entre gens de bonne compagnie qui pensent que leur expérience personnelle suffit à la compréhension des choses. Le débat sur le conflit d’intérêts en santé est un combat. Les conflits d’intérêts incompatibles avec la qualité des décisions et des soins doivent être combattus et éradiqués sans ménagement. Il est du même ordre exactement que la lutte contre les infections nosocomiales, car la gravité des conséquences est du même niveau : la qualité des soins, la santé des populations, avec parfois la vie même en jeu. Pour ce faire ce combat doit se mener avec des outils éthiques et premièrement celui de la connaissance et de la compétence. Cette connaissance, cette appropriation des faits avérés, amène sans complaisance au constat de la nocivité profonde des conflits d’intérêts gérés de façon partiale, c’est à dire vus d’un autre point de vue que celui de l’intérêt des patients et des citoyens, et partielle, c’est à dire le plus souvent avec désinvolture, superficialité et insincérité. Voir par exemple l’attitude de la HAS.

    - Cette connaissance amène enfin à penser une expertise indépendante réellement et efficacement coupée de ses liens d’intérêts les plus néfastes pour la qualité des soins et de la décision, c’est à dire en premier des liens commerciaux et industriels. Cette expertise existe, les publications internationales en témoignent, et ne demande qu’à être développée. Cela passe en France par la capacité à penser « autrement » c’est à dire à sortir du paradigme actuel officiel et industriel dont Pierre Rimbaud est le zélateur, qu’en dehors de l’expertise hospitalo-universitaire industrielle et commerciale rien d’autre ne serait possible et qu’il conviendrait simplement d’aménager l’existant « entre nous ».

    - Il convient de sortir de cette position dogmatique de la vérité révélée par les experts liés aux firmes et entretenue par les autorités. La comparaison avec l’autisme ecclésiastique au moment de la révolution copernicienne est là encore totalement pertinente. Appréhender d’autres pratiques, faire d’autres choix est possible ; non seulement possible mais indispensable et urgent une fois constaté l’échec dramatique des vieilles pratiques que défendent Pierre Rimbaud, les firmes et les autorités sanitaires françaises.

    L’archaïque mono expertise universitario-industrielle arrogante et sûre d’elle même, considérant, comme Pierre Rimbaud, que elle seule sait et pas les autres, a fait son temps et largement apporté la preuve de ses échecs et surtout de sa dangerosité.

    Passons maintenant à une expertise sanitaire du 21ème siècle, démocratique, citoyenne, complexe et transdisciplinaire, partagée, collective, 2.0 dirait mon ami Dominique Dupagne.

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    • Experts et conflits d’intéret : droit de réponse 1er juin 19:25, par serge cannasse
      Une précision : le titre "droit de réponse" n’est pas de Pierre Rimbaud, mais de moi-même, Serge Cannasse. Je plaide coupable sans état d’âme.

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    • Je pense comme Philippe Foucras que "les conflits d’intérêts incompatibles avec la qualité des décisions et des soins doivent être combattus et éradiqués sans ménagement." Je juge aussi qu’il a bien raison de souligner que "l’expertise autoproclamée ne suffit pas" et qu’il est bien maladroit de manier un "propos qui discrédite le contradicteur".

      Je suis plus dubitatif quand il affirme qu’"une expertise indépendante réellement (...) existe, les publications internationales en témoignent". Sans doute n’ai-je pas "l’expertise du Formindep [issue] d’une analyse et d’une connaissance approfondie de la littérature internationale". Néanmoins écrire que ma propre position est "non nourrie de la réflexion internationale qui existe sur cette question depuis des années" paraît hâtif et j’espère que toutes les affirmations du Formindep ne s’appuient pas sur des informations aussi peu fondées. Par nécessité professionnelle, j’ai participé à de nombreux travaux sur cette question et accumulé depuis une quinzaine d’années une documentation importante et une bibliographie que je pensais assez complète. Il y manque manifestement les publications précédemment évoquées, dont nous serions nombreux à apprécier de connaître les références.

      Pour ma part, à l’appui de la position que j’ai exprimée, je me contenterai ici de donner la référence suivante :

      Hirsh J, Guyatt G. Clinical experts or methodologists to write clinical guidelines. Lancet 2009 ;374:273-275.

      Gordon Guyatt y propose une méthode pour la rédaction de recommandations : recherche de littérature faite par un ‘evidence-based center’ à partir de questions de cliniciens ; consultation d’experts autant que nécessaire sur des points spécifiques ; rédaction de conclusions finales par des méthodologistes professionnels sans intérêt personnel dans le domaine concerné.

      Ma société peut fournir sur ces sujets une documentation beaucoup plus complète - car je renouvelle ce propos final (qualifié de "consternant" ) : j’ai des intérêts sur cette question de la méthodologie de l’expertise, et je les déclare. Un danger serait d’être mû par de violents affects sans même le savoir.

      Répondre à ce message

  • « Je ne suis pas de l’avis de Dominique Dupagne, quand il écrit : "avoir des experts indépendants est simple : il suffit de les rémunérer au lieu de croire qu’ils se contenteront de leurs faibles émoluments. Et bien sûr de leur interdire de travailler pour l’industrie." Une telle utopie ne peut conduire qu’à entretenir des experts incompétents. Il est d’ailleurs regrettable que nos institutions s’orientent de plus en plus dans cette voie. »

    Je suis en accord avec Dominique Dupagne, et totalement en désaccord avec votre analyse. Ainsi, si je vous suis, les rédacteurs de la revue Prescrire, seraient incompétents puisqu’ils ne travaillent pas pour l’industrie pharmaceutique ? Ce n’est pas l’analyse que font les abonnés à cette revue, ni les institutions, qui reconnaissent habituellement la valeur des analyses de Prescrire.

    « Heureusement pour nous tous, l’industrie fait appel aux meilleurs experts pour développer les progrès que nous attendons d’elle ; elle continuera donc de les rémunérer chèrement pour bénéficier de leurs compétences »

    Quel angélisme de votre part ! Certes, dans certains domaines, l’industrie sélectionne les experts pour leur compétence. Mais, le plus souvent, elle choisit les experts avant tout pour leur "aura", leur capacité à faire directement ou indirectement la promotion d’un produit. C’est le concept du "leader d’opinion". Peut-être est-ce une partie du problème : la confusion entretenue entre "leader d’opinion" et "expert". Cela ne concerne pas que le domaine médical. Etre expert, cela ne nécessite aucunement d’avoir des liens avec l’industrie. Mais surtout d’avoir une méthode d’analyse, explicite, transparente, critiquable.

    Pour finir, je dois déclarer mon principal lien d’intérêt concernant cette réponse : je suis rédacteur, salarié de la revue Prescrire

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    • Ou donc avez-vous lu, sous ma plume, que "qui ne travaille pas pour l’industrie pharmaceutique est incompétent ?" Je pense pas plus cela que vous-même ne pensez "qui ne travaille pas pour la revue Prescrire est incompétent".

      Je pense seulement que conditionner l’expertise à une interdiction de travailler avec l’industrie est une très mauvaise idée.

      Je sais, pour en être un fidèle abonné, que la revue Prescrire prête heureusement à ce qu’elle lit et à ce qu’elle publie plus d’attention que vous ne le faites sur le web.

      Répondre à ce message

  • Experts et conflits d’intéret : droit de réponse

    2 juin 13:14, par Philippe MASQUELIER Formindep

    Actuellement la plus part des experts sont des leaders d’opinion dont les liens d’intérêts aux firmes sont très nombreux comme l’attestent par exemple les déclarations publiques d’intérêt des participants aux groupes de travail des recommandations de la HAS, notre travail publié en mars 2009 le montre

    http://formindep.org/Des-recommandations ?var_recherche=recommandations.

    Pour les firmes les experts-leaders d’opinion sont des Key Opinion Leader (KOL) considérés comme un outil marketing des firmes comme l’attestent des officines qui ont pignon sur rue et qui en font leur commerce :

    http://www.heartbeatexperts.com/index.asp ; http://www.lob.fr/servicesf.htm

    Les Experts, leader d’opinion auront beau jeu de dire que leur multidépendance ne remet pas en cause leur indépendance. L’un d’entre eux F.HAAB écrit "...l’expert lui-même n’est-il pas, en définitive, le mieux placé pour juger si ses relations avec l’industrie influencent son comportement individuel, ses prescriptions, ses indications chirurgicales et la teneur de ses écrits scientifiques (F. Haab, B. Jacquetin - Conflit d’intérêt, présomption d’honnêteté et evidence based medicine - Pelv Perineol (2007) 2 : 293)

    La recherche dans le champ psychosocial met en évidence le rôle primordial des influences inconscientes. La capacité pour le professionnel de les reconnaître chez l’autre et de les dénier sur soi-même. Un Rapport de l’Institute of Medicine (Conflict of interest in Medical Research, Education, and Practice. National Academies Press-décembre 2009.) décrit en détail tous les mécanismes psychosociaux de ses influences et invite les institutions en charge de gérer les conflits d’intérêts en médecine à prendre en compte ces données.

    Le recours à une expertise indépendante se justifie pour se protéger de l’influence que les firmes entendent bien exercer pour réaliser leur développement, cette influence est délétère sur la santé publique tant sur les indicateurs de santé que sur les dépenses de santé.

    Voir en ligne : Des recommandations professionnelles peu recommandables

    Répondre à ce message

    • Je suis entièrement d’accord avec vous : un expert et un leader d’opinion sont deux qualifications fort différentes. Celles-ci ne sont pas incompatibles, mais elles ne sont pas automatiquement liées. L’industrie, qui n’est pas folle, ne s’y trompe pas et les utilise pour des usages distincts. Une erreur funeste des institutions est en effet de souvent les confondre.

      Vous avez raison de souligner que François Haab se trompe quand il suggère : "...l’expert lui-même n’est-il pas, en définitive, le mieux placé pour juger si ses relations avec l’industrie influencent son comportement". Il est toujours nécessaire d’étudier avec recul et collégialité les conflits d’intérêt, mais aussi les simples influences, notamment dans le champ psychosocial.

      Enfin, il me paraît bien vrai que " le recours à une expertise indépendante se justifie", et c’est bien pour quoi je plaide. Mais une expertise indépendante ne nécessite nullement d’espérer d’hypothétiques "experts indépendants".

      Je me contente de dire, sans doute bien maladroitement au vu des commentaires que cela suscite, que ce qui conduit à des errements est la croyance qu’il est possible de confier les décisions de santé à des experts indépendants.

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  • Experts et conflits d’intéret : droit de réponse

    2 juin 21:36, par Dominique Dupagne

    Bonjour Pierre, Tu es toujours aussi fort en dialectique ;-) Mais la fin de ton texte est en contradiction avec le début. Si j’en crois la fin, la France qui utilise des experts travaillant pour l’industrie comme permanents au sein des commissions est donc fautive.

    Le monde idéal que tu décris où les experts sont auditionnés par des juges impartiaux n’existe pas.

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  • Experts et conflits d’intéret : droit de réponse

    10 juin 10:37, par Pierre Rimbaud

    Cher Dominique,

    le paradoxe naît sans doute de la distinction que je fais (comme Gordon Guyatt et bien d’autres) entre "experts scientifiques" (presque nécessairement "dépendants" d’une manière ou d’une autre) et experts méthodologistes (par définition professionnels de la gestion des biais).

    Tu as raison de souligner qu’il est bien fautif d’avoir des "permanents institutionnels de l’expertise" qui ont des liens industriels. A propos de liens industriels, j’insiste à nouveau sur le fait qu’il faut toutefois distinguer le conflit d’intérêt (quand la nature de l’avis exprimé par l’expert aura des conséquences matérielles pour lui-même ou un proche) et le biais d’influence (quand la nature de l’avis exprimé par l’expert est conditionné par ses relations en cours et antérieures avec des personnes elles-mêmes intéressées).

    Tu as encore bien raison de signaler que le monde idéal auquel j’aspire n’existe pas. Je veux seulement croire qu’il est possible... N’aspires-tu pas toi-même à un monde scientifique et sanitaire meilleur ? Avec, comme moi je l’avoue, un brin d’utopie ?

    Au plaisir de te lire, faute de celui de te voir.

    Répondre à ce message

 
     
   
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