Tuberculose ultra-résistante : le traitement, c’est nous novembre 2008
La tuberculose, maladie oubliée qui n’existe plus que dans quelques grands romans (La Dame aux Camélias, d’Alexandre Dumas ; La montagne magique, de Thomas Mann) ? Pas vraiment : elle tue deux millions de personnes chaque année, majoritairement dans les pays qualifiés d’émergents, essentiellement par manque d’accès aux médicaments. Or l’insuffisance du traitement, qui doit être long pour être efficace, est en train d’aggraver le problème d’une manière terrifiante : de plus en plus de bacilles tuberculeux deviennent ultra-résistants, XDR-TB disent les anglo-saxons, pour « extremely drug resistant tuberculosis bacillus ».
Que faire ? Limiter la circulation des bacilles résistants, permettre l’accès au traitement de tous les patients, développer la recherche pour trouver de nouveaux antibiotiques actifs sur ces XDR-TB. Cela va t’il se faire tout seul ? non, évidemment. Pour que les autorités sanitaires de tous les pays prennent en charge le problème, il faut que les citoyens du monde entier se mobilisent pour exiger qu’ils agissent.
Tout cela vous semble bien abstrait ? Allez donc voir les images d’un des plus grands photographes du monde, James Natchwey, qui n’a pas ménagé sa peine pour nous montrer que ces patients sont bien réels. Découvrez en même temps ce que nous pouvons faire en allant sur le site
XDR-TB.org
, au beau slogan : « We are the treatment »
Pour voir les images de James Natchwey :
Au passage, n’hésitez pas à télécharger la "boîte à outils pour agir" (
tool-kit
) : vous découvrirez l’efficacité de l’advocacy à l’américaine. Simple, complet, pragmatique.
Dès les débuts, ou du moins dès qu’il a été possible de faire sortir la technique d’un laboratoire fixe, l’histoire de la photographie a été marquée par une série de praticiens soucieux de témoigner du monde et de ses malheurs. Pour être efficaces, c’est-à-dire pour que leurs images provoquent une émotion déclenchant une prise de conscience chez leurs spectateurs, ils ont à la fois épousé les préférences esthétiques de leur temps et ses moyens de diffusion privilégiés. Classiques dans les années 50, inventeurs de formes dans les années 70. Ils ont fait la formidable vitalité de la presse « magazine » de ces années. Puis vint la télévision. D’aucuns prophétisèrent la mort de l’image fixe, confortés plus tard par l’avénement de la technologie numérique : si n’importe qui peut faire une image n’importe où diffusée partout grâce à l’internet, une photo n’a plus aucune valeur, sinon l’excitation d’un instant, bien vite oubliée.
Il est tentant de répondre à ces Cassandre que l’image fixe semble bien être une donnée anthropologique, une nécessité humaine pour tout dire, et la photographie une nécessité de l’homme moderne. La démonstration en est apportée par quelques grands photographes qui, comme leurs prédécesseurs, savent s’adapter aux exigences de leur temps.
James Natchwey est incontestablement l’un d’eux. Ses images s’inscrivent dans la tradition des Lewis Hine, Eugene Smith, Sebastio Salgado : du noir et blanc directement inspiré de l’art européen classique (peinture et sculpture), dont ils retiennent les contrastes de lumière, la composition rigoureuse, l’agencement des personnages et la vision humaniste. La familiarité du traitement pictural fait plonger le spectateur dans le sujet. (par exemple, la photo ci-dessus est une des nombreuses images, dont des photographies, inspirées de La Pieta, de Michel-Ange).
C’est le même souci d’efficacité qui fait que les images de James Natchwey soient visibles sur le web pour une campagne dont elles sont l’élément fort : pour un effort mondial contre la tuberculose multi-résistante. Comme ses illustres prédécesseurs, il veut que ses images soient utiles, servent une cause comme disent les Américains. Si l’internet est le vecteur privilégié de l’information contemporaine, alors il faut passer par l’internet. Mais pas en y jetant les images comme dans un dépotoir, type Facebook. En construisant une histoire forte et belle, sur un rythme d’images et de musique, dans un site web qui leur donne du sens. James Natchwey est aussi un grand artiste.