Résilience : pensée paresseuse ou concept révélateur d’enjeux sociaux ?
septembre 2007
Dans le Monde du 17 juillet 2007, Boris Cyrulnik (médecin et membre de la commission Attali sur la croissance) fustige la " pensée paresseuse " qui, grâce à un automatisme verbal, s’attache à certains mots, fonctionnant plus comme signes de reconnaissance et de complicité que d’information sur "un contenu d’idées". " Quand un mot est technique, il se contente de ronronner dans son milieu de spécialistes, mais dès qu’il est accueilli par la culture, il enfle et se boursoufle et se charge d’une signification qui n’est plus celle de son origine. (...) La réalité du concept est ailleurs, dans les livres, les laboratoires ou les groupes de praticiens. " Et de donner en exemple le mot "résilience", qui au passage, est attaché à notre auteur. D’un côté, le "lent bonheur" de la science, de l’autre, les "perroquets".
Serge Tisseron (psychanalyste) lui répond le 31 juillet dans le même journal : " Contrairement à ce que laisse entendre Boris Cyrulnik, il n’y a pas, autour de la résilience, le tranquille travail des chercheurs d’un côté et les divagations des marchands de bonheur de l’autre. La résilience est d’abord un mot, et ce mot, de par son histoire et ses enjeux, n’a pas une seule définition parmi les scientifiques, mais plusieurs," même en psychologie, où les écoles s’affrontent. " La psychologie de bazar qui met aujourd’hui la résilience à toutes les sauces ne fait que tirer les conséquences du flottement dans lequel se trouvent les spécialistes. " Sa définition est en effet ambigüe : " Il désigne en effet une personne qui parvient à réussir sa vie après avoir fait face à un traumatisme grave. Or il est évidemment très difficile de savoir ce que signifie " réussir sa vie "... " Pour Serge Tisseron, c’est justement l’ambigüité du mot qui en fait l’intérêt : " révéler des enjeux qui traversent les grandes options de notre société."
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