Pénibilité au travail : négociations interrompues
janvier 2008
Vu sur le site de la Tribune, le
25 janvier 2008
La négociation sur la pénibilité au travail est " est une disposition de la loi d’août 2003 sur les retraites, sachant que le dernier accord interprofessionnel sur les conditions de travail date en France de 1975. Pourtant, près de trois ans et quatorze réunions après le début de cette négociation, les discussions sont au point mort." D’après les syndicats, la dernière rencontre paritaire (23 janvier 2008) est même une reculade : la délégation patronale a en effet nié " tout lien direct entre l’espérance de vie et les conditions de travail." Le journal rappelle que l’INED vient de publier une étude qui démontre le contraire (voir "La double peine des ouvriers" sur ce site).
" Alors que les syndicats souhaitent la mise en place de dispositifs de départs en retraite anticipés financés par les entreprises pour les salariés qui ont subi des conditions de travail pénibles, en fonction de critères à arrêter, le patronat propose des cessations progressives d’activité à temps partiel, et encore après avis du médecin du travail et d’une commission qui devront décider s’"il faut alléger la charge de travail" de ces salariés. "
Les syndicats soupçonnent le patronat de chercher à repousser les discussions en avril, dans le but d’échanger des concessions sur la pénibilité avec un accroissement de la durée de travail. Dans son édition du 5 janvier 2008, Le Monde écrit en effet : " Après avoir aligné les régimes spéciaux de retraite sur le régime général, de 37,5 à 40 annuités, le gouvernement s’apprête à passer la durée de cotisations pour tous à 41 ans en 2012 (à raison d’un trimestre par an à compter de 2009). Cet objectif souvent réaffirmé par François Fillon, le premier ministre, doit faire l’objet d’un examen avec les partenaires sociaux en 2008. Il sera « probablement organisé au deuxième trimestre », a indiqué le ministère du travail, soit après les élections municipales de mars 2008."
Le journal signale qu’outre l’enlisement des négociations sur la pénibilité, un deuxième point " a échaudé " la CFDT : " le dispositif « carrières longues » qui a permis le départ anticipé de ceux qui ont commencé à travailler à 16 ou 17 ans. Le revers de la médaille de ce dispositif est son coût : de 1,8 milliard d’euros en 2006, il devrait passer à 2,2 et 2,3 milliards en 2007 et 2008. M. Fillon a évoqué la nécessité de revoir ce point."
Dans le Monde du 13 novembre 2007, François Desriaux (rédacteur en chef de la revue Santé et Travail) précise : " Les travaux du Conseil d’orientation des retraites (COR) décrivent les expositions professionnelles à prendre en compte pour compenser la perte d’espérance de vie ou d’espérance de vie sans incapacité. Selon que l’on a été exposé durablement à des produits cancérogènes, que l’on a travaillé pendant sa carrière en horaires alternés ou de nuit, que l’on a subi de façon répétée des contraintes posturales fortes, des ports de charges lourdes, des cadences, la retraite risque fort de n’avoir ni la même durée ni la même qualité. La mauvaise santé multiplie par 2,8 la probabilité d’être évincé de l’emploi. Après 50 ans, une majorité des salariés en emploi présente des troubles de santé, voire des pathologies graves. "
Au passage, il règle son compte à quelques préjugés sur les fonctionnaires : " Si les retraités précoces (avant 60 ans) viennent en majorité de la fonction publique ou des entreprises publiques, ils ont, beaucoup plus que les préretraités du privé, été soumis lors de leur carrière à de longues périodes de travail posté ou de nuit, ou d’exposition aux intempéries. Leur retraite précoce ne serait donc pas illégitime si l’on se réfère au principe selon lequel la pénibilité des conditions de travail doit être prise en compte dans la détermination de l’âge de départ en retraite. Un principe inscrit dans la loi Fillon sur les retraites votée en 2003. "