Les infirmières libérales en ont assez d’être méprisées
mai 2008
Extraits d’une lettre d’Annick Touba, présidente du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux, adressée aux candidats à la Présidence de la République, parue dans Libération du 9 avril 2007 et intitulé « Lettre d’une conne au futur président » : « Jamais avares de mots, vous n’hésitez pas. Nous qualifiant, nous infirmières, de « dévouées », voire d’ « admirables ». (…) Et pourtant… Le mépris, votre mépris à tous, est évident. Depuis le début de cette campagne présidentielle, pas un seul d’entre vous n’a encore dit mot sur l’avenir de la première profession de santé du pays. Comme si, finalement, les infirmières ne comptaient pas… 460 000 personnes ignorées. » A écouter les représentant(e)s des trois organisations syndicales infirmières (FNI, ONSIL, SNIIL) pendant leur conférence de presse du 16 avril, c’est bien le mépris et le manque de reconnaissance pour les services accomplis envers la population qui résument le mieux la rancœur devant les promesses non tenues.
La presse quotidienne s’est assez largement faite l’écho des revendications avancées par les infirmières libérales, dont au moins une vient d’être satisfaite très opportunément : le décret d’application portant création de l’ordre infirmier est paru. Les Echos et le Parisien ont noté également la parution du décret autorisant les infirmières à prescrire certains dispositifs (pansements, etc), qui est loin d’être une revendication majeure de la profession… « Corvéables à merci, puisque étant la seule profession de santé à devoir assurer de par la loi une continuité des soins trois cent soixante-cinq jours par an et vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ces infirmières-là sont dégoûtées. Capables de vacciner contre la grippe pour 2,90 euros quand le médecin en encaisse 22, ou de retirer une pompe de chimiothérapie pour 14,50 euros quand les hôpitaux de jour facturent 150 » poursuit Annick Touba dans sa lettre.
La Croix note que pourtant, les revenus des infirmières libérales ont progressé de 39 % depuis 2000. Ce à quoi les responsables syndicaux répondent que les tarifs des soins infirmiers étant bloqués depuis 2002, cela signifie que c’est le volume des actes qui a augmenté, en raison du transfert de nombreux soins de l’hôpital à la ville, d’ailleurs vraisemblablement générateur d’économies. D’où des semaines à 50 heures minimum, et une incompréhension devant les revalorisations tarifaires des médecins…
« Les infirmières suivent actuellement une formation de trois ans et demi après le bac. Trois années… dont une qui compte pour du beurre. Car c’est un fait : le diplôme d’infirmière ne correspond officiellement aujourd’hui qu’à un bac + 2. » Ce constat semble bien être le facteur déclenchant de la grogne : la promesse du LMD infirmier n’est en effet pas tenue, bloquant toute perspective d’évolution du métier.
Libération, 9 avril 2007
Le Parisien, 16 avril 2007
La Croix, 14 avril 2007
Conférence de presse FNI-ONSIL-SNIIL du 16 avril 2007, Paris
Article publié en avril 2007 dans la Revue du Praticien médecine générale