Le poids de l’industrie pharmaceutique dans l’information des médecins sur les médicaments
mars 2008
La lettre numéro 140 de
Pratiques en santé
(11 mars 2008) signale une très intéressante étude de Que Choisir sur les
" prescriptions irrationnelles de médicaments en France "
.
Après avoir rappelé les conclusions de la Cour des comptes de septembre 2007 (" en dépit des efforts de maitrise médicalisée, les prescriptions des médecins restent très peu encadrées en France. La formation et l’information en matière de médicament, essentielles pour influencer le niveau et la qualité des prescriptions, demeurent très insuffisantes, malgré certains efforts récents.") et celles de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) de novembre 2007 ( " Les pouvoirs publics ne doivent pas se borner à diffuser de l’information de qualité sur le médicament mais doivent mettre en place une politique active de promotion du bon usage. (...° Parallèlement, les pouvoirs publics doivent provoquer tant pour des raisons économiques que de qualité des soins, une diminution de la pression promotionnelle de l’industrie pharmaceutique."), l’article donne une série de chiffres dont voici une sélection.
La visite médicale
" Les ressources consacrées par l’industrie pharmaceutique à la promotion du médicament représentaient 2,78 milliards d’euros en 2004.
A raison de 2 milliards d’euros, soit trois quart des dépenses de promotion, la visite médicale constitue, de loin, le poste le plus important. 22.702 visiteurs médicaux étaient mobilisés en 2006. D’après les propres calculs de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS), le coût pour entretenir une telle force commerciale s’élevait à 25.000 euros par médecin généraliste et par an.
En France le ratio est de 9 médecins pour un visiteur alors que le ratio est compris entre 12 et 17 pour l’Espagne, la Belgique, le Royaume Uni et l’Allemagne. Il est même de 34 pour les Pays Bas.
Nous assistons aujourd’hui à un redéploiement du marketing pharmaceutique au profit, par exemple, de la recherche d’un contact direct avec les patients/consommateurs." En admettant 4 à 5 000 prochaines suppressions prochaines d’emplois, le ratio serait de un pour douze.
Promotion et prescription
Un travail de l’IRDES (Institut de recherche en démographie et économie de la santé) montre que " à chaque pic marquant une action promotionnelle correspond un pic du nombre de prescriptions des médecins."
Partialité de la visite médicale
" Un visiteur médical perçoit, en moyenne, 3.000 euros net par mois, montant auquel s’ajoutent 20 à 30 % de primes, fonctions de la réalisation des objectifs de vente.
Lors de 74 % des visites médicales, les effets indésirables du produit étaient passés sous silence. Les contre-indications et interactions médicamenteuses n’étaient évoquées que lorsque le médecin posait la question, c’est-à-dire dans 76 % des cas." (données de l’observatoire de la revue Prescrire)
Médecins et visiteurs médicaux
" Seuls 3 à 5 % des médecins déclarent ne recevoir aucun visiteur médical. Un tiers d’entre eux accepte plus de sept visiteurs par semaine.
Selon une étude portant sur 602 généralistes, il apparaît que ceux d’entre eux qui voient le plus de visiteurs médicaux sont aussi ceux qui prescrivent le plus, qui se sentent les mieux informés et qui privilégient l’information orale. Ce groupe de médecin, qualifié de « pro visite médicale et pro médicaments », plus âgé et plus masculin que la moyenne des médecins en exercice, représente 19 % de l’échantillon.
La visite médicale est considérée comme une source d’information indispensable par la majorité des praticiens. "
Mais pour ceux-ci " les agences sanitaires sont jugées objectives à 86 % contre 46 % pour la CNAMTS et seulement 27 % pour la visite médicale. "
" Les médecins les plus proactifs pour la recherche de l’information et qui ont la plus mauvaise opinion de la visite médicale - 18 % des 602 généralistes interrogés récemment pour le compte de la HAS et de l’IGAS - sont aussi ceux qui se considèrent comme les plus mal informés sur le médicament. En effet, la masse de documents scientifiques produits par les diverses autorités de santé fait qu’il est très difficile pour les médecins d’avoir une vision synthétique."
Formation des médecins
" Le volume de formations rendues obligatoire par la loi n’est atteint qu’à hauteur de 30%. Sur les cinq priorités retenues pour la formation continue définies pour les cinq prochaines années, une seule concerne le médicament.
Pour l’année 2005, les financements institutionnels consacrés à la formation continue des médecins libéraux s’élevaient à environ 70 millions d’euros alors que les financements provenant de l’industrie pharmaceutique représentaient entre 400 et 600 millions d’euros, soit environ 90 % des fonds consacrés à la formation continue.
Les financements d’origine privée font l’objet de conventions entre les laboratoires pharmaceutiques et les médecins. Le nombre de ces conventions est d’environ 30.000 par an. Chaque convention est transmise au Conseil de l’Ordre des médecins qui est chargé de vérifier si son contenu relève effectivement de la formation continue. L’Ordre reconnaît cependant n’être en mesure de vérifier qu’entre un tiers et la moitié de ces conventions.
Avec environ 80 heures d’enseignement (formation initiale), la France est le pays d’Europe qui consacre le moins de temps à l’enseignement de la pharmacologie.
Des catégories de médicaments tels que les sérums, les vaccins, les désinfectants, les antidotes ou encore les antiparasitaires sont passés sous silence. Seulement trois heures de formation sont consacrées aux antibiotiques. L’inefficacité de certaines classes de médicaments comme les vasodilatateurs ou les veinotoniques n’est même pas abordée.
Les jeunes médecins ignorent généralement le coût des thérapies qu’ils prescrivent."