La réforme de Medicare
mai 2007
Lu dans un article du Monde du 2 mai (Les Big Pharma testent de nouvelles stratégies) :
" La réforme (de Medicare), qui touche 42,5 millions d’Américains, dont 35,8 de plus de 65 ans, a été votée en 2003, mais est entrée en vigueur le 1er janvier 2006. Son objectif : limiter l’envolée des dépenses de santé, qui ont déjà doublé entre 1990 et 2002, alors que le nombre de personnes concernées devrait également doubler entre 2000 et 2030. La réforme contraint les assurés à adhérer à des plans de remboursement proposés par des assureurs privés, assortis de cotisations, de franchises et de subventions de l’Etat, qui varient en fonction du niveau des revenus de l’assuré, des dépenses qu’il engage et de la nature des soins. Très complexe, la réforme crée de fait un trou dans la couverture des classes moyennes pour les soins compris entre 2 000 et 5 000 dollars : 3,5 à 6,9 millions d’Américains, selon les estimations, pourraient tomber dans ce « doughnut hole » (- trou du beignet -, comme l’ont surnommé les Américains). En moyenne, les remboursements devraient pourtant être améliorés, mais les prestataires de soins, entre autres les laboratoires pharmaceutiques, devraient voir leurs tarifs revus à la baisse. Pour les soins les moins coûteux, le choix systématique des génériques par les assureurs a déjà entraîné la substitution de 75 % des molécules disponibles. Pour les plus coûteux, pris désormais en charge à 80 % par Medicare, les prestataires devront négocier directement leurs prix soit avec l’Etat - c’est la solution proposée par les démocrates - soit avec les assureurs ou des regroupements de patients - c’est le modèle qui a les faveurs des républicains.
« Dans certains Etats (New York, Massachusetts, New Jersey), l’administration évalue déjà le rapport qualité/prix de chaque hôpital, de chaque cabinet médical, et publie les résultats de façon à éclairer le choix des patients », explique David Cutler, professeur d’économie à Harvard. Mais pour sa collègue Regina Herzingler, « l’Etat ne doit surtout pas mettre son nez dans l’évaluation de la qualité des soins, ni même les assureurs. Pour qu’un véritable marché de la santé fonctionne, le système doit être conduit par les patients eux-mêmes. Il faut créer un organe d’information indépendant pour chaque pathologie, qui pourrait même être associé aux essais cliniques et former les patients à respecter les prescriptions. C’est le meilleur moyen de réduire les coûts ».