La médecine fondée sur le management
mai 2008
Un des axes majeurs des réflexions internationales visant à améliorer les systèmes de soins (tant en coût qu’en qualité) porte sur les changements « à petite échelle », ceux qui impliquent directement les acteurs de santé aux niveaux locaux (on dit aussi « de proximité »). Les interrogations portent notamment sur les raisons pour lesquelles les médecins n’appliquent pas fidèlement les recommandations issues de l’EBM (evidence-based medicine – médecine fondée sur les preuves). De nombreuses réponses portent sur l’adéquation problématique de celles-ci avec « la vraie vie », comprenez : « les vrais patients ».
Un autre courant de pensée est en train d’émerger. Né de l’influence des sciences sociales, en particulier des sciences de la gestion des organisations et des ressources humaines, il met l’accent non pas sur les compétences individuelles des professionnels ou de leurs patients, mais sur les systèmes locaux dans lesquels les premiers exercent et avec lesquels les seconds interagissent. Très prosaïquement, il peut, par exemple, se pencher sur la transmission des informations entre cabinet médical et laboratoire d’analyse ou entre professionnels de santé entre eux.
Un article paru dans le prestigieux JAMA propose de rassembler les recommandations issues de ces travaux sous le terme d’EBMgt (Evidence Based Management), afin de souligner leur complémentarité avec celles issues de l’EBM. Si le terme « evidence » correspond de façon approximativement satisfaisante à celui de « preuve », le terme « management » résiste depuis des années à tous les traducteurs. Dans la langue des entreprises, il est passé tel quel. En tout cas, il désigne un ensemble de pratiques d’adaptation au réel des professionnels et de leurs structures qui, remarquent les auteurs de l’article, ont souvent un air d’évidence et sont pourtant rarement mises en œuvre.
C’est qu’en définitive, ajoutent ils, leur efficacité passe par un certain nombre d’exigences aussi contraignantes que celles de l’EBM. Pour s’en convaincre, il suffit de mentionner l’une d’elles, aussi problématique pour les médecins en EBM qu’en EBMgt : la validation de leurs compétences ou des caractèristiques de leur organisation par une instance extérieure. C’est dire aussi, insistent ils, que cela suppose un changement de culture concomitant : en particulier, le fait que les professionnels parlent entre eux de leurs pratiques, y compris et sans doute surtout de leurs erreurs.
Shortell SM, Rundall TG, Hsu J. Improving patient care by linking Evidence-based medicine and Evidence-Based Management. JAMA, 2007 ; 298, 5 : 673-6.