L’envie, moteur des passions économiques
octobre 2009
A tous ceux encore convaincus que les économistes n’ont en tête qu’un homme froid, rationnel et dévoué au calcul égoïste de ses intérêts, je ne peux que conseiller la lecture du dernier livre de Daniel Cohen (La prospérité du vice), magistrale introduction (inquiète, dit-il !) à l’économie. En sus d’améliorer leur compréhension du monde contemporain, ils découvriront qu’aux fondements de la science économique moderne, il y a d’abord la conviction que l’homme est mû par ses passions, la principale d’entre elles étant l’envie : comparer sa situation avec celle des autres détermine ce qui peut être désiré. L’agressivité qui l’accompagne est atténuée dans les périodes de prospérité, exacerbée dans les périodes de récession. « La croissance donne à chacun l’espoir, même éphémère, de sortir de sa condition, de rattraper les autres, de dépasser ses attentes. C’est l’amélioration de sa situation qui rend une société heureuse. Les sociétés modernes sont avides de croissance, davantage que de richesse. (…) Mais au bout du compte, la page reste toujours blanche du bonheur à conquérir. Aussi rapide que soit la croissance économique à un moment donné, une société est fatalement rattrapée par la frustration lorsque celle-là ralentit. »
Il en va aussi du sentiment d’appartenance au collectif. En période de prospérité, quand « les biens privés » sont abondants, tendant à « rassasier » le bonheur privé, on veut du bonheur collectif. Mais que la situation s’inverse, « le collectif devient un luxe trop coûteux. (…) Il y a ainsi un type moral des années de vaches grasses et un type moral des années de vaches maigres (…). Les premiers vantent le collectif, les seconds angélisent l’individu. »
Daniel Cohen. La prospérité du vice. Une introduction (inquiète) à l’économie. Albin Michel, 2009. 288 pages, 19 euros.
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