Financement du système de santé : les Français prêts à mettre davantage de leur poche ?
novembre 2009
Deux sondages publiés à une semaine d’intervalle et réalisés par le même institut (LH2) donnent une idée assez précise de ce que les Français pensent du financement de leur système de santé. Le premier a été commandé par le groupe d’assurances AG2R La Mondiale et ses résultats donnés par le quotidien Les Echos. Premier enseignement : le coût des honoraires n’est un critère de choix de son praticien que pour 4 % d’entre eux. Mieux ! 44 % se déclarent prêts à accepter une augmentation de leurs cotisations sociales et 23 % celle de leur mutuelle. Bien que formulés avec des intitulés différents, ces chiffres sont proches de ceux retrouvés dans le sondage demandé par le CISS (Collectif interassociatif pour la santé) et publié par la Croix : 52 % des Français sont d’accord avec une augmentation de leurs impôts, de leurs charges sociales ou des taxes, tandis que 36 % penchent pour celle de leur « financement individuel ». Par cette expression, il faut entendre cotisations aux mutuelles ou aux assurances. En somme, les Français sont prêts à payer davantage pour leur santé, quel que soit le moyen choisi.
En effet, si la grande majorité d’entre eux (84 %) voit le système français comme un des meilleurs au monde, 66 % pensent qu’il se dégrade, principalement à cause des déremboursements. Ils sont d’ailleurs entre 79 % (CISS) et 84 % (AG2R) à trouver que globalement, la Sécurité sociale rembourse moins bien qu’auparavant.
Un travail réalisé par le cabinet JALMA leur donne raison. « En huit ans, le poids des dépenses de santé dans le budget des familles a augmenté de 40 % à 50 % en moyenne », résume Mathias Matallah, son président. Il ajoute : « On observe un creusement très net des inégalités : entre individuel et collectif ; entre actifs et seniors ». En clair : il vaut mieux être en CDI dans une entreprise offrant une garantie collective que retraité ou travailleur pauvre sans mutuelle.
Cependant, 58 % des Français sont prêts à accepter de nouveaux désengagements de la Sécurité sociale, note les auteurs d’un sondage effectué par CSA/JALMA et repris par Les Echos. Il est vrai que le cabinet précise : " L’acceptation des Français est limitée à des items secondaires, comme les médicaments à 35 % ou le forfait hospitalier, qui représentent au mieux 10 % de l’effort réel à accomplir." Il ajoute que peu d’entre eux savent vraiment comment se structurent les dépenses de santé.
Pourtant, un tournant majeur est peut-être en train d’être pris : l’acceptation de fait de l’impuissance de l’État (selon le même sondage, 65 % d’entre eux pensent que " l’augmentation des dépenses est structurelle " et 62 % l’associent à une mauvaise organisation des soins), voire de son désengagement. L’évolution des sondages semble ainsi conforter ceux qui pensent que le recours au financement privé (assurances, mutuelles, participation directe des ménages) est inévitable, voire souhaitable, même si la solidarité reste la valeur cardinale dans les déclarations de tout le monde (45 % sont en faveur d’une condition de ressources pour pouvoir accéder au régime des ALD - affections longue durée, dont les frais de santé sont intégralement remboursés). Quitte à nous rapprocher du système nord-américain, par ailleurs quasi unanimement décrié de ce côté de l’Atlantique.
L’inconvénient de ces sondages est qu’ils sont trop globaux. Il serait intéressant d’examiner comment les opinions qu’ils relèvent se moulent ou pas selon les catégories socio-professionnelles. Car si cette tendance se confirmait, la question suivante serait : jusqu’où les gens protégés (par leur travail ou leurs avoirs) sont ils prêts à payer pour les autres ? La réponse n’est pas évidente, mais il faut quand même rappeler qu’il s’agit d’un point crucial dans le débat nord-américain et qu’il y a quelques années, il a fait chuter le gouvernement social-démocrate suédois, alors même que les électeurs se disaient attachés au système de santé qu’il avait mis en place pendant quelques dizaines d’années (voir sur Carnets de santé l’entretien avec Wojtek Kalinowski). S’il convient d’être attentif aux "signaux faibles" (se dit des faits et événements de faible amplitude, peu remarqués, mais annonciateurs de grands changements), comme le veut une mode sociétale, alors il y en a peut-être un ici.
Pour leur santé, les Français ne comptent pas. Les Echos, 6 novembre 2009.
Un Français sur deux prêt à des efforts pour préserver le système de santé. La Croix, 15 novembre 2009.
La santé coûte 50 % plus cher aux familles qu’en 2001. Les Echos, 12 novembre 2009.
Les Français jugent le pacte social menacé. Les Echos, 26 novembre 2009.
Les Français très satisfait du système de soins mais inquiets pour son avenir.
Viva magazine, 25 novembre 2009
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