Cancer : l’héroïsme est de vivre en conscience de soi
septembre 2007
Dans le Monde du 19 août, un très beau texte de Philippe Bataille, sociologue, auteur de " Un cancer et la vie " (Balland, 2003) dont je ne saurais trop recommander la lecture. Extraits :
" Apprendre la maladie, c’est entrer dans des soins longs et douloureux, alors qu’ils demeurent incertains dans leurs résultats. (...) Il y a la vie, et en même temps la mort, dont personne ne parle mais à laquelle tout le monde songe. (...)
Certes, il y a fragilisation et vacillement, il y a conscience de la perte du quotidien et du banal, de l’ordinaire, mais c’est l’admettre qui fait le vainqueur ou le vaincu du cancer. Vivre reste la priorité, survivre l’objectif, autant d’actions qui patinent le profil du " héros ". (...)
Mais le " héros " est aussi celui qui fait l’expérience de la discrimination et de la ségrégation, notamment dans le monde du travail et dans la vie personnelle et familiale. (...) Pourtant, il n’y a qu’une seule frontière, celle qui sépare les vivants et les morts, elle distingue au mieux les vainqueurs et les vaincus, tous héros. Chez les vivants, il y a ceux qui taisent leur cancer et ceux qui le nomment. (...)
Vivre en conscience de soi est héroïque. Le héros ordinaire en devient celui ou celle qui vit en conscience du fait d’être mortel (...). Le faisant, il interroge les ordres sociaux. Sa simple présence questionne le construit culturel du rapport individuel et collectif à la mort. "